Position · Cartographie web

Nous ne posons plus de carte Google sur les sites que nous construisons

Depuis mars 2025, chaque service de Google Maps dispose de son propre quota gratuit, qui ne se cumule plus avec les autres. Ce n'est pas le montant qui nous a fait changer d'avis, c'est de ne pas savoir ce qu'il sera dans deux ans.

Michel Fondateur Sudimédia · Praticien expérimenté, intégrations cartographiques
Juillet 2026 7 min de lecture Position
Dans cet article

Poser une carte sur un site d'annonces, c'est quelques lignes de JavaScript et une clé d'API. Nous l'avons fait pendant des années sans nous poser de question, et il n'y avait aucune raison de faire autrement. Ce qui a changé n'est pas la qualité de Google Maps, qui reste au-dessus du lot sur plusieurs points. C'est ce que coûte le fait d'en dépendre, et surtout le fait de ne pas savoir ce que ça coûtera.

Voici donc ce que nous posons à la place, ce que ce choix apporte, et ce qu'il coûte quand même. Avec une carte de démonstration à manipuler, parce qu'une position sans démonstration reste une opinion.

Ce que nous posons à la place

Oui, et sans perte de fonction pour la plupart des usages d'un site d'entreprise. Une carte web se compose d'une bibliothèque d'affichage et d'un fournisseur de tuiles, et les deux existent en dehors de Google. Nous utilisons Leaflet pour l'affichage et les fonds de la Géoplateforme de l'IGN pour les tuiles, service public français qui ne demande aucune clé. Le visiteur voit une carte qu'il manipule de la même façon, avec un plan, une vue aérienne, des marqueurs et des infobulles.

Sur un site d'annonces, cela donne une carte où le visiteur attrape une zone de recherche et la déplace sur le quartier qui l'intéresse, avec le nombre de biens qui se met à jour pendant le geste. Les lots d'un même programme neuf, qui partagent la même adresse, se regroupent en un seul repère au lieu de se superposer. Et l'adresse de la page conserve la sélection, donc un négociateur peut envoyer cette recherche filtrée à son client par courriel.

Le sujet n'est pas le prix, c'est la prévisibilité

Le 1er mars 2025, Google Maps Platform a remplacé son crédit mensuel unique par des quotas gratuits propres à chaque catégorie de service. Le point qui compte n'est pas le montant, c'est que ces quotas ne s'additionnent plus entre eux. Une carte qui affiche des biens consomme un quota, la transformation des adresses en coordonnées un autre, le calcul d'un temps de trajet un troisième. Un site qui utilise trois services franchit donc trois seuils indépendants, alors qu'auparavant un seul crédit couvrait l'ensemble. Les montants figurent sur la page tarifaire officielle, que nous ne recopions pas ici parce qu'elle bouge.

Un dirigeant de PME ne peut pas arbitrer ça. Il ne sait pas combien de fois par mois ses visiteurs vont charger une carte dans deux ans, ni quel service sera reclassé dans une catégorie plus chère. Nous non plus. Or nous vendons des plateformes conçues pour durer cinq à dix ans, et écrire dans un devis qu'une brique centrale dépend d'une grille tarifaire hors de notre contrôle est un inconfort que nous avons fini par ne plus accepter.

Le géocodage est le cas le plus parlant. Sur un site immobilier, chaque mandat saisi transforme une adresse en coordonnées. Ce n'est pas le visiteur qui déclenche l'appel, c'est votre équipe, et le volume suit votre activité commerciale. La Base Adresse Nationale rend le même service, sans clé et sans compteur.

Ce qu'un embed envoie ailleurs

Une carte Google intégrée à une page n'est pas une image, c'est du code exécuté chez le visiteur qui ouvre une connexion vers les serveurs de Google. L'adresse IP part, le contexte de la page aussi, et selon l'intégration retenue des identifiants sont déposés. Cela se produit au chargement, souvent avant que le visiteur n'ait rien demandé. Savoir si votre implémentation exige un consentement préalable dépend de son paramétrage, et cette question se tranche avec votre conseil, pas dans un article de blog.

Ce que nous pouvons dire, c'est que la question ne se pose plus quand les tuiles viennent d'un service public français et que le géocodage passe par votre propre serveur. C'est le même raisonnement que celui que nous appliquons aux formulaires hébergés chez des tiers, et il vaut ici avec la même force.

Ce que Google ne sait pas afficher

C'est l'argument qui a emporté la décision, et il n'a rien à voir avec le coût. La Géoplateforme diffuse les orthophotographies de l'IGN et le parcellaire cadastral sur le même service que les fonds de plan. Sur la fiche d'un terrain à bâtir, en vue aérienne, il devient possible de tracer le contour exact de la parcelle.

C'est la première question de tout acquéreur devant un terrain, celle que le vendeur passe son temps à expliquer au téléphone. Aucun portail d'annonces ne la traite, et une carte Google ne peut pas la traiter. Sur les photographies aériennes, l'IGN est par ailleurs souvent plus fin et plus récent que Google sur une commune française donnée, ce qui se vérifie en quelques secondes sur le démonstrateur.

Le même raisonnement vaut pour les couches sectorielles en général. Quand un métier a besoin d'afficher autre chose qu'un plan, c'est là que la dépendance à un fournisseur unique devient bloquante, et c'est le même constat que nous faisions en remplaçant la diffusion nocturne d'annonces par une publication directe.

Une carte à manipuler

Nous avons construit une carte de démonstration plutôt que de décrire la nôtre. Les biens sont fictifs, créés pour l'occasion, avec des prix et des adresses inventés. Tout le reste fonctionne : la zone qui se déplace, le comptage en direct, le regroupement des repères trop proches, la recherche par adresse, la bascule entre plan et vue aérienne, et le contour de parcelle sur les terrains.

Carte de biens immobiliers centrée sur Toulouse, avec une zone de recherche circulaire, des pastilles de prix regroupées et la liste des biens à droite.
La démonstration est accessible sur une page dédiée, avec des biens fictifs sur la métropole toulousaine.

Elle sert aussi à montrer ce que la carte ne sait pas faire. Le déplacement de la zone n'a pas d'équivalent au clavier, parce que la bibliothèque ne sait pas déplacer un repère aux flèches. Le chemin de repli existe, la saisie d'adresse et le curseur de rayon se pilotent au clavier, mais nous préférons le dire que le laisser découvrir.

Ce que ça coûte quand même

Les fonds de l'IGN sont diffusés sans clé d'accès et sans compteur, sous des conditions générales publiées par l'institut, ce qui est différent d'un service commercial dont la grille tarifaire peut changer. Ce n'est pas pour autant sans coût : il reste le développement de la carte, son intégration à vos données, et le poids des tuiles à la charge du visiteur. Ce que vous gagnez n'est pas la gratuité, c'est la prévisibilité.

Le poids est le poste que les articles sur le sujet oublient le plus souvent. Une carte interactive télécharge plusieurs dizaines de tuiles, soit quelques centaines de kilo-octets selon le zoom et la taille de l'écran, et ce chiffre ne dépend pas du fournisseur. Une carte, quelle qu'elle soit, coûte du transfert. La différence se fait sur ce qui l'accompagne, et c'est ce que nous avions déjà constaté en cherchant pourquoi les scores de performance stagnent : notre démonstrateur reste au-dessus de 95 en mobile, tuiles comprises, parce qu'aucune couche intermédiaire ne vient s'ajouter à la bibliothèque cartographique.

Un dernier point d'honnêteté technique, pour qui voudrait reproduire ça. Les tuiles publiques d'OpenStreetMap ne sont pas un service de production, leur politique d'usage l'exclut explicitement. Il faut donc un fournisseur, et c'est précisément ce que la Géoplateforme apporte sur le territoire français.

Quand Google reste le bon choix

Pas pour une simple carte de contact, où une carte Leaflet sur des fonds libres situe l'adresse sans déposer les identifiants de suivi d'un embed Google. Google reste devant quand vos utilisateurs ont besoin d'un calcul d'itinéraire porte à porte, de la vue immersive au niveau de la rue, ou de la fiche d'établissement avec ses avis, et personne ne l'égale sur ce terrain. Le choix se fait sur l'usage réel, pas sur un principe.

Nous avons aussi gardé Google sur des projets où l'équipe du client gérait déjà ses points de vente depuis sa fiche d'établissement. Changer de carte aurait signifié changer sa façon de travailler, pour un bénéfice qu'elle n'aurait pas vu. Ce n'était pas le bon combat.

Notre position

Nous ne posons plus de carte Google par défaut sur les plateformes que nous construisons. Nous en posons quand l'usage le demande, et nous l'écrivons dans le devis avec ce que cela implique. Le reste du temps, une bibliothèque libre et des fonds publics français font le travail, avec des couches en plus et une facture qui n'existe pas.

La carte n'est qu'une brique parmi d'autres, et le raisonnement vaut pour chacune. Nous tenons l'inventaire de ce qu'un site confie à des services extérieurs, famille par famille, avec ce que ça coûte et ce qui se remplace. Les fonds IGN de cette carte sont l'un des quatre services publics que nous utilisons en production, décrits dans quatre services publics de données, sans clé d'API.

Ce n'est pas une position contre Google, c'est une position sur la dépendance. Nous construisons des outils censés durer, et chaque brique dont nous ne maîtrisons ni le prix ni les conditions est une échéance que nous transmettons au client sans le lui dire. C'est le fil de notre approche depuis le début, et une carte n'y échappe pas.

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